Par
Yvon LaroseDe 1979 à 2005, Vie
pédagogique, la revue officielle du
ministère de l’Éducation, du Loisir et
du Sport du Québec (MELS), a fait une
place de plus en plus grande, dans son
contenu, aux stratégies d’enseignement
centrées sur l’élève au niveau
primaire comme au niveau secondaire.
Dans le même temps, les stratégies
centrées sur l’enseignant ont été de
moins en moins présentes dans les
pages de la revue.
Pourtant, au Québec comme ailleurs,
des études ont démontré que les
stratégies centrées sur l’enseignant
donnent de meilleurs résultats au
point de vue des apprentissages
scolaires, en particulier auprès des
élèves en difficulté d’apprentissage
et de ceux issus de milieux
défavorisés. Ces élèves sont
susceptibles d’abandonner l’école
avant l’obtention d’un diplôme
d’études secondaires.
Tel est l’essentiel du message qu’est
venu livrer Steve Bissonnette,
professeur au Département de
psychoéducation et de psychologie de
l’Université du Québec en Outaouais,
le mardi 24 février au pavillon J.-A.-DeSève.
Sa conférence était organisée par le
CRIFPE-Laval (Centre de recherche
interuniversitaire sur la formation et
la profession enseignante) et la
Chaire de recherche du Canada en
formation à l’enseignement. Le contenu
de sa communication était tiré de la
thèse de doctorat en psychopédagogie
qu’il a soutenue à l’Université Laval
en 2008.
Dans les approches pédagogiques
centrées sur l’élève, l’enseignant
assiste l’élève dans des tâches
d’apprentissage contextualisées et
signifiantes qui permettent à celui-ci
de faire des liens entre les contenus
des programmes scolaires et sa vie
propre. En revanche, celles centrées
sur l’enseignant sont directives,
structurées et s’intéressent à
l’acquisition de connaissances et à la
maîtrise des savoirs scolaires. «En
lançant la réforme des programmes en
2000, rappelle le professeur
Bissonnette, le MELS a proposé un
changement radical de perspective,
soit de passer d’un paradigme
d’enseignement à un paradigme
d’apprentissage pour la réussite
scolaire d’un plus grand nombre
d’élèves.»
À l’aide de deux logiciels, Steve
Bissonnette et Normand Péladeau, de la
firme Provalis Research, ont analysé
le contenu de 1 199 articles répartis
dans 134 numéros de Vie pédagogique.
Les textes analysés réfèrent en
particulier à deux courants
psychologiques: l’humanisme et le
constructivisme. Selon le
conférencier, l’espace déjà important
consacré aux stratégies centrées sur
l’élève a fait un bond en avant après
la mise en œuvre de la réforme. «De
2000 et 2005, explique-t-il, un texte
sur trois contenait des références à
deux approches pédagogiques centrées
sur l’élève, soit la pédagogie par
projet et l’apprentissage coopératif.»
De 2000 et 2005, des études
réalisées au Québec ont montré que
certaines approches pédagogiques
centrées sur l’élève, notamment la
pédagogie par projet, avaient eu des
effets négatifs sur l’acquisition
de connaissances et le développement
des compétences auprès des élèves
du niveau primaire. Les résultats
négatifs ont été observés sur le
développement des compétences
mathématiques, et celles dites
transversales, ainsi que
sur l’apprentissage des connaissances
en géographie. «Aucune recherche n’a
démontré, à ce jour, que les élèves de
la réforme montrent de meilleurs
résultats, qu’ils sont plus compétents
que ceux qui les ont précédés»,
souligne Steve Bissonnette. Ce dernier
croit qu’il est urgent de redonner une
place importante, dans le discours
pédagogique, aux stratégies
d’enseignement qui ont démontré une
efficacité plus certaine.