Gare au pluralisme normatif dans les cours d'éthique et de culture religieuse

Par Jean Morse-Chevrier,
Présidente de l'Association des parents catholiques du Québec
www.apcqc.net

Lettre ouverte
Septembre 2007
 

Voir aussi :

ce cours entraînera une «reconfiguration considérable des attentes pour une construction identitaire»

En septembre 2008, le gouvernement va remplacer l'option en enseignement moral et religieux par l'imposition d'un seul cours multi-religieux d'éthique et de culture religieuse et par l'interdiction simultanée, dans les écoles publiques, mais non privées, de tout enseignement confessionnel. Georges Leroux, philosophe et spécialiste de l'éthique pour le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, a donné une conférence sur le nouveau cours d'éthique et culture religieuse, le 3 mai dernier devant les membres de la Fédération des établissements de l'enseignement privé (FEEP). L'enregistrement de cette conférence est accessible par Internet.

M. Leroux y a admis que ce cours entraînera une «reconfiguration considérable des attentes pour une construction identitaire» des élèves. En optant pour ce cours sur un ensemble de religions et visions du monde, le Québec s'assure, selon lui, que «nos enfants seront meilleurs que nous parce qu'ils seront d'abord plus ouverts à la diversité religieuse et morale et plus investis dans un pluralisme normatif. Ils croiront qu'il est préférable d'être pluriel que d'être homogène».

Devons-nous conclure devant ce témoignage que le gouvernement tenterait de changer «nos enfants» (ceux de l'État?), les faisant passer de chrétiens (pour la grande majorité) à pluralistes? Si c'est le cas, ses intentions vont au-delà de ce qu'il annonçait dans les orientations pour ce cours lorsqu'il a eu l'appui de l'Assemblée nationale au projet de loi 95, en juin 2005. Il viserait non seulement l'ouverture à l'autre, tel que cela a été annoncé, mais chercherait à faire assimiler par l'élève la diversité morale et religieuse au moment même de sa construction identitaire. Or comment est-il possible de construire une identité personnelle pluraliste à moins de délaisser sa propre identité confessionnelle?

...les enfants sont sous la responsabilité première de leurs parents. C'est à eux que devrait revenir la décision de quel enseignement éthique ou de culture religieuse donner à «leurs» enfants, qu'ils optent pour la vision pluraliste ou non. M. Leroux affirme: «La première raison pour laquelle nous avons, le gouvernement et tous ceux qui l'ont soutenu, jugé qu'il est nécessaire, voire essentiel de rédiger le cours d'éthique et culture religieuse, c'est le pluralisme normatif. Il est essentiel que l'expérience diversifiée autant sur le plan moral que religieux soit valorisée dans sa diversité.»

Devons-nous comprendre que notre société sera meilleure lorsque ces enfants, devenus grands, seront pluralistes plutôt que chrétiens? Si c'est la position de la ministre de l'Éducation, elle devrait être appelée à en faire la preuve, avant d'imposer des contenus multireligieux à l'ensemble des élèves et avant d'expérimenter l'identité religieuse et morale des québécois.

Cela étant dit, les enfants sont sous la responsabilité première de leurs parents. C'est à eux que devrait revenir la décision de quel enseignement éthique ou de culture religieuse donner à «leurs» enfants, qu'ils optent pour la vision pluraliste ou non.

M. Leroux justifie aussi le pluralisme normatif sur la base des «60 ethnies ou religions» présentes dans certaines écoles de Montréal. Grand nombre de ces ethnies sont chrétiennes, à Montréal comme ailleurs. Le seul nouveau groupe religieux significatif au Québec est celui des musulmans. C'est aussi le groupe religieux qui est le plus impliqué dans «la crise» en France, crise que M. Leroux dit vouloir éviter au Québec avec le nouveau programme.

Est-ce pour intégrer le petit pourcentage de musulmans à la culture québécoise que le ministère impose ce cours ou pour ouvrir les enfants chrétiens (75 %) à l'islam? La question se pose. Mais au lieu de prendre des décisions pour eux, pourquoi ne pas permettre aux parents de choisir quelle religion convient à «leurs» enfants?

M. Leroux est-il certain que les parents d'enfants à l'école publique ne veulent pas, eux aussi, que l'école transmette cette tradition?

 

N'est-il pas le temps de laisser aux parents le choix en matière d'enseignement moral et religieux de «leurs» enfants, même au risque qu'ils préfèrent leur propre religion et non le pluralisme normatif du ministère?

M. Leroux renvoie aux écoles privées le devoir de transmettre la tradition catholique afin de la conserver car, dit-il, les religions sont importantes pour comprendre l'histoire, la littérature et le sens de l'existence. Les parents, dit-il, s'attendent à ce que les écoles privées remplissent cette «mission» de conservation. Cependant, le gouvernement n'accordera pas à ces écoles la liberté d'enseigner leur religion à l'intérieur des heures prévues dans le régime pédagogique et elles auront de la difficulté à trouver le moyen de le faire autrement.

D'autre part, M. Leroux est-il certain que les parents d'enfants à l'école publique ne veulent pas, eux aussi, que l'école transmette cette tradition? Les 75 % de parents qui y choisissent l'enseignement moral et religieux catholique semblent y tenir. Et, selon quelle éthique justifier que les mieux nantis bénéficieront de la possibilité d'un enseignement moral et religieux catholique alors qu'on l'enlève aux écoles publiques? Cette justification est-elle assez solide pour résister aux objections futures des adversaires de l'école privée?

Le cours d'éthique et culture religieuse accordera plus de temps aux religions chrétiennes qu'aux autres. L'application des chartes va-t-elle exiger, dans un avenir prochain, que le christianisme ne soit plus privilégié dans ce nouveau cours? Et alors, qu'est-ce qui s'ensuivra: l'abandon du cours d'éthique et culture religieuse, l'enseignement sur un même pied du christianisme, de l'islam et autres religions ou l'introduction dans l'école d'une religion unique universelle qui, nous rapporte M. Leroux, est la voie de l'avenir selon certains? Il n'est pas irraisonnable de se poser la question.

N'est-il pas le temps de laisser aux parents le choix en matière d'enseignement moral et religieux de «leurs» enfants, même au risque qu'ils préfèrent leur propre religion et non le pluralisme normatif du ministère? C'est, je crois, la seule façon de respecter les chartes et d'être juste envers tout le monde: parents, enfants, catholiques, protestants, juifs, musulmans ou autres. C'est un choix possible pour un gouvernement qui a suffisamment à coeur le respect de la liberté de conscience et de religion pour chercher avec ses partenaires de la société civile des avenues nouvelles.