Le cardinal Jean-Claude Turcotte remet son insigne de l'Ordre du Canada

 
Claude Vaillancourt,
Le Soleil, 2008-09-11

 

« Je fais appel à la conscience des gens »

Québec –

Le cardinal Jean-Claude Turcotte a posé un geste d’éclat, hier, en remettant son insigne de l’Ordre du Canada pour protester contre la décision de la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, d’accorder le même honneur au Dr Henry Morgentaler, une figure de proue de l’avortement au Canada. « Je fais appel à la conscience des gens », a lancé l’archevêque de Montréal, à l’occasion d’une conférence de presse tenue en marge de l’Assemblée des évêques du Québec, qui l’appuie unanimement dans sa décision.

« Si d’autres ont le même problème de conscience que moi, qu’ils posent le même geste. » Après un prêtre catholique de la Colombie-Britannique, le père Lucien Larre, qui avait reçu la même distinction il y a 25 ans, et une communauté laïque de l’Ontario opposée à l’avortement, la Maison de la Madone, dont la fondatrice, aujourd’hui décédée, Catherine de Hueck Doherty, avait reçu le même honneur il y a 32 ans, le cardinal Turcotte est la première personnalité de haut rang à retourner son insigne à la gouverneure générale.

Le geste du cardinal était cependant prévisible : déjà la Conférence des évêques catholiques du Canada avait accueilli « avec consternation » l’attribution de l’Ordre du Canada au médecin controversé, signalant même qu’une telle nomination portait « atteinte à la signification même de l’Ordre du Canada ». L’Assemblée des évêques catholiques du Québec lui emboîtait le pas, hier, déplorant quant à elle « qu’un organisme aussi respectable que l’Ordre du Canada honore une personnalité dont l’activité professionnelle, bien loin de rallier les personnes, est cause de profondes divisions ».

Mais le prélat se défend bien d’intervenir durant la campagne électorale en cours. « Ce n’est pas moi qui ai choisi la date du 1er juillet pour donner la décoration au Dr Morgentaler et ce n’est pas moi aussi qui ai choisi la date des élections », fait savoir le cardinal Turcotte. « Je n’ai pas choisi mon moment, je suis l’actualité. » À ce propos, il précise que « la politique n’est pas ma question ».

 
     

Appel à la conscience

« Je parle comme homme d’Église, à prêcher l’Évangile. Non pas à prêcher la doctrine politique. » Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, « je laisse aux politiciens le soin de régler (ce problème) et je fais appel à leur conscience ». « Enfin, finit-il par dire, j’ai un conseil à donner à tous ceux qui votent : quand on vote, on prend une position par rapport à une politique de parti. Il y a des questions économiques, il y a des questions d’ordre social. Je pense que cette question du respect de la vie doit aussi comporter une réflexion pour l’électeur ou l’électrice qui va choisir le parti pour lequel il doit voter. C’est pas à moi de lui dire quel est le parti qui, à mon avis, a la meilleure position, c’est à chaque électeur à choisir. » La décision du cardinal Turcotte a rapidement fait bondir les groupes de femmes qui lui signalent que « le respect de la vie passe aussi par le respect des droits reproductifs des femmes ». En contexte électoral, font savoir Johanne Filion, de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, et Michèle Asselin, de la Fédération des femmes du Québec, « les groupes de femmes s’inquiètent que politique et religion s’entremêlent ». « Depuis la décriminalisation de l’avortement en 1988, il n’y a jamais eu autant de menaces au droit à l’avortement que dans les deux dernières années », rage Mme Filion. « Avec des projets de loi tel que C-84, qui passe par la reconnaissance juridique du fœtus pour restreindre le droit à l’avortement, on se rend compte que les menaces à l’autonomie des femmes sont bien réelles », conclut Mme Asselin.

 

 
MONTREAL,
le 11 sept.

CNW Telbec

 

"J'avoue avoir espéré que, devant les nombreuses protestations, le Conseil consultatif de l'Ordre du Canada réviserait sa position."

(CONCERNANT LA NOMINATION DE HENRY MORGENTALER)

Déclaration de Monsieur le cardinal Jean-Claude Turcotte Archevêque de Montréal

Je remets mon insigne de l'Ordre du Canada.

 - Le 9 mai 1996, le Bureau du Gouverneur général de l'époque, Monsieur Roméo Leblanc, annonçait que j'étais nommé membre de l'Ordre du Canada. J'avais accepté cet honneur qu'on me rendait au nom de tous ceux et celles qui, au nom de leur foi en Jésus Christ, oeuvrent dans le domaine social au service des plus démunis de notre société.

J'ai le plus grand respect pour l'Ordre du Canada.

Il veut souligner l'apport de personnes qui font progresser notre société, et que l'avenir de notre monde préoccupe. Jusqu'à récemment, je croyais sincèrement qu'on admettait à l'Ordre du Canada des personnes au sujet desquelles s'établit un consensus.

J'étais absent au moment où la gouverneure générale, Madame Michaelle Jean, a annoncé la nomination du docteur Henry Morgentaler au sein de l'Ordre du Canada. Cette annonce a suscité beaucoup de critiques de la part de ceux et celles qui ne partagent pas la vision du docteur Morgentaler quant au respect de la vie humaine.

J'avoue avoir espéré que, devant les nombreuses protestations, le Conseil consultatif de l'Ordre du Canada réviserait sa position. Comme jusqu'à maintenant ce n'est pas le cas, et que mon silence pourrait être mal interprété, je me sens obligé en conscience de réaffirmer mes convictions face au respect de la vie, de la conception jusqu'à la mort. Nous ne sommes pas les maîtres de la vie humaine, celle-ci est entre les mains de Dieu.

Aussi, j'annonce que je renonce à la distinction d'Officier de l'Ordre du Canada que l'on m'a décernée en 1996, et que je remets l'insigne qui m'avait été donné.

Le 11 septembre 2008

Le Cardinal Turcotte est présentement à Sainte-Anne-de-Beaupré où sont réunis les membres de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec. Il pourra accorder certaines entrevues d'ici le 12 septembre à midi.