Un Cheval de Troie dans la classe

 

Par Marie Bourque
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec
26 septembre 2008

L’imposition du nouveau cours « Éthique et Culture religieuse » en cet automne dans toutes les classes du Québec pour petits et grands, au privé comme au public, a fait jaser un peu dans les médias dans la dernière année. Trop peu. Il est urgent de donner l’heure juste aux parents, au sujet de ce prétendu « gentil » cours de culture, de dialogue et de tolérance.

La Coalition pour la Liberté en Éducation menée essentiellement, il est vrai, par des croyants de plusieurs dénominations chrétiennes, défend pourtant les droits fondamentaux de TOUS les parents, croyants ou non, en s’opposant à l’imposition de ce cours.

Ce n’est pas seulement les contenus amalgamés ou les objectifs prétentieux et aberrants de ce cours qu’il faut craindre. À vrai dire, nous avons confiance que la plupart des enseignants, en ce moment surtout, sont comme les parents, pris par surprise, et peu préparés (est-il possible de l’être?). Ils livreront ce qu’ils peuvent du cours : beaucoup de connaissances disparates et insignifiantes hors de leurs contextes, des bricolages, beaucoup de consignes exténuantes sur le dialogue au secondaire…et l’illusion d’informer de façon neutre… comme si c’était possible.

Mais, il y a encore plus dangereux encore que le contenu du cours: c’est le contenant lui-même :

 
 

Une question de contenant et non de contenu

Pour paver la voie à l’ imposition de ce cours, le gouvernement en catimini, sans annonce ni consultation publique aucune, a abrogé l’article 41 de la Charte des Droits et Libertés du Québec.

L’article 41 disait auparavant ceci : « Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'exiger que, dans les établissements d'enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi. »

Cet article reconnaissait le droit des parents de s’opposer à des enseignements qui seraient contraires à leurs convictions morales ou religieuses. Les parents pouvaient exiger que leurs convictions soient respectées dans les enseignements donnés dans les écoles de leurs enfants.

L’article 41 se lit maintenant comme suit :

« Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions dans le respect des droits de leurs enfants et de l’intérêt de ceux-ci ».

Ce qui signifie la perte du droit des parents d’exiger le respect de leurs convictions morales ou religieuses dans les programmes scolaires. De plus, ce nouvel article 41 met les droits et le meilleur intérêt de l’enfant mineur au-dessus de l’autorité parentale, et les confie à l’État. Cette nouvelle formulation enlève donc toute véritable liberté de religion, de conscience et de conviction aux parents, de même qu’aux jeunes. L’État va maintenant décider pour nous ce qui est le meilleur pour nos enfants.

Encore pour paver la voie à l’imposition du cours Éthique et Culture religieuse, le gouvernement a aboli l’article 20 de la LIPQ, qui permettait à un enseignant d’être dispensé d’enseigner des contenus qui entraient en conflit avec ses convictions. Maintenant, tout enseignant peut être forcé d’enseigner les contenus des programmes gouvernementaux comme ÉCR, peu importe ses convictions. Ce qu’il faut retenir, c’est que, davantage encore que le contenu du cours ÉCR, c’est l’IMPOSITION D’UN TEL CONTENANT qui est dangereuse. Car l’instauration de ce cours nous a coûté la perte de droits fondamentaux pour les parents, les jeunes d’âge mineur et les enseignants.

 

 

Totalitarisme ? ...

Voilà pourquoi on peut vraiment parler de la loi 95 qui impose le cours ÉCR comme d’une loi totalitariste.

N’oublions pas que le programme ÉCR, tel que voulu par ses concepteurs, et tel que présenté par le Ministère (MELS), est appelé à « évoluer », et est ouvert à d’autres « contenus ». C’est dire qu’il ce cours pourra être le fruit d’accomodements imprévisibles, de pressions idéologiques ou des politiques de circonstance, contre lesquels les parents et les enseignants, ont perdu tout droit de recours ou d’opposition. Le Ministère (MELS) évite bien d’éclaircir les implications, actuelles et futures, de cette situation pour les parents, les familles et les jeunes. Le cours Éthique et Culture religieuse est véritablement un Cheval de Troie dans la classe.

C’est parce que nous sommes concernés par nos droits et pour la démocratie que nous serons à la Marche pour la Liberté en Éducation, le 18 octobre à Montréal, Place du Canada à 13h30, pour réclamer nos droits, et la liberté pour tous en éducation.

Marie Bourque 26 septembre 2008