Témoignage de Patrick Andries à la Commission Bouchard-Taylor | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Patrick Andries 6 novembre 2007 Drummondville Le Dauphin 600 BOUL. ST-JOSEPH Salle Royale 16h05
« L’État a beaucoup trop d’enfants pour être un bon père de famille
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Bonjour messieurs les commissaires,
Je suis un immigré belge, je n’ai jamais eu, à titre personnel, qu’à me féliciter de l’accueil des Québécois. C’est pourquoi je ne parlerai donc pas de mon cas. Je parlerai plutôt de Canadiens (dont quelques-uns Québécois de naissance) qui habitent les environs du Roxton Falls où j’ai élu domicile. Citoyens de ce pays, ils ont eu maille à partir avec les autorités québécoises, alors qu’ailleurs au Canada leurs convictions et pratiques religieuses ne posent aucun problème. Je veux m’exprimer ici sur le cas de mennonites conservateurs dont les démêlés avec le ministère de l’Éducation ont défrayé la chronique. Que les choses soient claires, je ne suis ni mennonite, ni leur porte-parole et mes quatr’ enfants ne fréquentent pas l’école mennonite de Roxton Falls. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Rappelons ici brièvement ce que sont ces mennonites conservateurs : cousins spirituels
des amish, ils sont pacifistes comme eux, très pieux, mais acceptent certains aspects de
la modernité comme l’électricité, la voiture ou l’ordinateur, tout en en refusant
d’autres comme la télévision dans leur foyer. Les mennonites, ont été persécutés pour leur croyance en une stricte séparation de l’État et de l’Église dans l’Europe du Cujus regio, ejus religio où le souverain d'un pays avait le droit d'imposer sa religion à ses sujets à travers ses institutions. Persécutions qui furent le fait des calvinistes autant que des catholiques. Les uns comme les autres ne pouvaient, en effet, accepter la position radicale des mennonites : leur refus de porter les armes, d’occuper des positions politiques et d’exercer la violence sous quelque forme que ce soit, même administrative. Les persécutions dont les mennonites ont été les victimes les ont amenés à émigrer de nombreuses fois. Celle qui amena les ancêtres de mennonites de Roxton Falls au Canada et aux États-Unis dans les années 1870. Le
gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de voir 80 % des jeunes Québécois obtenir
leur diplôme d'études secondaires d'ici 2010. Espérons que cela ne sera fera pas au
détriment de la qualité. On est cependant encore loin du compte, si l'on se fie à de
nouvelles statistiques du Carrefour de lutte au décrochage scolaire.
Les chiffres concernant l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal montrent en effet que 40 % des garçons et 28,4 % des filles quittent l'école sans diplôme, 7 ans après leur entrée au secondaire.
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Depuis une bonne vingtaine d’années, ces mennonites conservateurs opèrent légalement leurs
propres écoles dans les autres provinces canadiennes : ils y utilisent leur propre
curriculum et leurs instituteurs n’ont pas de diplômes universitaires. Les écoliers
mennonites fréquentent leur école avec assiduité, l’utilisation de drogue parmi eux est
inconnue, la violence également. Jeunes adultes, ils sont le plus souvent rapidement engagés
comme apprentis dans la communauté et ne connaissent pas réellement le chômage. Rappelons
que les mennonites conservateurs ont également de nombreux enfants. On pourrait croire que
le Québec aimerait attirer ces personnes.
Malheureusement, l’école mennonite de Roxton Falls n’a pas eu l’heur de plaire aux fonctionnaires de Québec qui la déclarèrent illégale, allant jusqu’à menacer les parents mennonites de l’intervention de la DPJ si leurs enfants continuaient à fréquenter leur école comme ils en ont le droit ailleurs au Canada. Je signale qu’il est tout à l’honneur des Québécois que cette fermeture brutale a tout de suite suscité un mouvement de sympathie en faveur des mennonites de la part de la population et plus particulièrement des maires de la MRC locale. L’éducation, dans le droit naturel , ne relève nullement de la responsabilité de l'État, mais, plutôt, de celle des parents. Ces derniers peuvent, certes, confier leurs enfants à des tiers : par exemple à l’école de leur choix. Dans le Québec actuel, nous assistons à un renversement de ce droit des parents : l’État y détient un monopole de l’éducation. On n’assiste pas tant à la démission des parents comme premiers éducateurs qu’à leur licenciement par l’État et ses experts. L’État justifie souvent son monopole en prétextant pallier l’ignorance, les préjugés ou l’incurie des parents. Il s’agit là d’un paternalisme qui n’ose dire son nom. On est tenté ici de reprendre le mot de Clemenceau : « L’État a beaucoup trop d’enfants pour être un bon père de famille ». Cette bienveillance formelle vis-à-vis de l’incompétence des autres est non seulement entachée de condescendance, mais pêche également par son incohérence : si les parents s’avèrent incompétents à juger de l’éducation, comment peuvent-ils pour choisir les députés qui, eux, décréteront la bonne éducation ? | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Famille et résultats scolaires
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Rappelons que le fait que l’école soit un élément essentiel dans la vie d’une société ne
signifie en rien qu’elle doit être confiée à l’État. En effet, l’alimentation est
également une activité essentielle et pourtant nul ne suggère l’établissement d’une
Épicerie nationale qui imposerait à tous le même régime, pour garantir une alimentation
saine aux jeunes générations et une uniformité des goûts dans une société métissée.
Sans ce monopole grandissant dans le domaine scolaire, on parlerait bien évidemment nettement moins des accommodements que l’État devrait consentir dans sa magnanimité. Je rappelle que, dans le document de consultation que cette commission propose comme document de réflexion sur son site, on trouve à la fin de celui-ci un exercice pratique où l’on suggère au lecteur de se mettre à la place d’un gestionnaire d’institution publique (école, hôpital, etc.) et que pas moins de 13 des 22 situations soumises concernent l’école.] Le même réflexe centralisateur du Monopole apparaît en effet dans sa volonté
d’imposition prochaine d’un nouveau programme d’éthique et de culture religieuse qui
supprime tout choix en matière d’instruction morale ou religieuse, dans toutes les
écoles, que les parents soient d’accord ou non, qu’ils pensent que cela empiète sur la
formation spirituelle ou morale de leurs enfants ou non. Tout cela dans un prétendu
respect de la diversité des opinions et des cultures... À nouveau, l’État sort de son
rôle de tiers auquel les parents confient (ou non) l’instruction de leurs enfants pour
prendre l’initiative et passer outre aux objections des parents.
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Une autre raison invoquée récemment pour l’imposition d’un programme pédagogique commun à
tous par l’État, consiste à vouloir former de futurs citoyens « tolérants » dans un Québec
que le gouvernement veut de plus en plus « métissé » puisque ce dernier vient d’annoncer une
nouvelle augmentation de l’immigration.
Cette volonté de façonner la jeunesse a d’ailleurs été admise en substance par M. Fournier, le ministre de l'Éducation en novembre 2006, lorsqu’il s’est exprimé à l’Assemblée nationale assez longuement sur les enfants des écoles dites « illégales » comme l'école juive orthodoxe Taldos Yakov Yosef d’Outremont. Selon le ministre de l’époque, il fallait que les « parents comprennent combien il est important pour [leurs enfants] de faire partie de la société, de connaître l'ensemble des valeurs de cette société-là et de les partager avec tout le monde. » Lors de ce débat, le ministre ne fit nulle part mention à une formation solide dans les matières de base comme les langues, les mathématiques ou la géographie... En revanche, il revint plusieurs fois sur le fait que les jeunes qui fréquentent ces écoles religieuses n’ont pas « la possibilité de se développer pour l'ensemble de leur vie ». Comme dans l’exemple mennonite, l’intervention de l’État ne vise pas à corriger des abus flagrants ou à garantir la qualité d’un enseignement objectif, mais il s’agit plutôt de soumettre à un même moule philosophique et pédagogique tous les écoliers québécois, de gré ou de force. Il est toutefois difficile de croire que les pacifiques mennonites ont absolument besoin des programmes obligatoires – c’est le leitmotiv en matière d’éducation au Québec – de programmes obligatoires comme le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse pour s’assurer que leurs enfants vivront en bonne intelligence dans un Québec de plus en plus multiethnique. On pourrait, en revanche, soutenir que ce genre de cours pourra saper la foi de certains jeunes mennonites. Notons enfin que la France malgré la laïcité ferme affirmée dans ses écoles et dans ses cours, n’a pas su éviter les difficultés interethniques. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Comparez aux grands succès des écoles du Monopole :
40 % de garçons décrocheurs à Montréal et 40 % des adolescents qui utilisent du cannabis parfois même en classe. Les parents mennonites sont impliqués dans l’administration de leur école – souvent un gage de succès – et comme les autres parents d’écoles privées payantes en Ontario ils apprécient que l’école forme aussi correctement le caractère (voir l’étude de l’institut Fraser) de leurs enfants qui sont connus pour leur serviabilité, leur politesse et leur non-violence. Ah, mais les institutrices mennonites ont-elles fait leur long quota de psychopédagogie prescrit par Québec, je vous le demande !? Voilà ce qui est important ! Comme si un diplôme garantissait l'enthousiasme, la patience et le sens de la pédagogie ! Les statistiques sont éloquentes :
les élèves des écoles secondaires du Québec fument de plus en plus de cannabis. En 1991, 11 % des adolescents disaient avoir déjà essayé le cannabis au cours de l'année. Cette proportion est passée à 25 % en 1996, à 34 % en 2002 pour finalement s'approcher du 40 % en 2004, un bond de près de 300 % en 13 ans. Ce n'est pas le hasard qui a mené la police de Gatineau à effectuer trois descentes près des écoles secondaires en l'espace de deux semaines, récemment.
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D’aucuns n’ont de cesse de répéter qu’il faut sortir la religion de l’école, de l’espace
public, or le problème aujourd’hui est plutôt que l’État prend de plus en plus de place,
qu’il étend sans cesse son influence dans le domaine de l’enseignement, qu’il impose son
monopole pédagogique et philosophique à toutes les écoles même celles dites privées et ne
cesse donc d’empiéter le domaine des convictions personnelles des parents.
Non seulement, ce monopole aboutit à ce qui est perçu comme une véritable persécution administrative par certains groupes religieux, comme les mennonites ou les évangéliques conservateurs du Québec. Mais, comme tout monopole, il est, tatillon, soumis à des impératifs corporatistes parfois absurdes , inefficace et produit des réformes contestées comme le fameux « renouveau pédagogique » dont on ne peut dire que les parents aient vraiment eu leur mot à dire dans son élaboration ou aient pu y échapper, sauf à instruire eux-mêmes leurs enfants à la maison. Pour éviter les injustices faites aux mennonites, pour améliorer le système scolaire pour mieux respecter en matière de pédagogie le choix des parents – qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées –, pour limiter le nombre de contentieux et de demandes d’accommodement, la meilleure solution ne serait-elle pas de limiter l’implication de l’État et de libéraliser l’enseignement. Il faut abolir l’imposition d’un programme « national » unique à toutes les écoles et enfin permettre une véritable concurrence grâce à l’instauration d’un marché libre des écoles qui pourront décider de leur programme et embaucher les professeurs selon leurs propres critères et non ceux de l’État ou de certains syndicats. Il faudrait, selon moi, non seulement limiter l’ingérence de l’État, mais faire nettement plus confiance dans le choix judicieux des parents qui ont à cœur la meilleure éducation possible pour leur progéniture selon leurs critères. Ce choix existe ailleurs au Canada, il permet une grande diversité d’écoles indépendantes dont les écoles mennonites pour revenir à ce qui a suscité mon indignation et ma venue devant vous. On parle souvent du besoin de la séparation de l’État et de l’Église – conviction que les mennonites ont toujours eue et qui leur a d’ailleurs valu bien des déboires –, il faut aujourd’hui se demander s’il ne faut pas séparer l’État et de l’école pour revenir à une véritable liberté et diversité scolaire respectueuse des choix des parents autant en matière religieuse que pédagogique. Merci. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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